Pierre-Didier, malgré les efforts ou les non-efforts de son minable propriétaire, ne meurt pas. Il est même fort à parier qu’il apprécie derrière les vitres de son bocal en plastique sale voir ses voisins taper la carte à heure régulière, 14h15, 15h15, 17h15; sournoisement interrompus par le nouveau patron, qui au fond de lui-même regrette amèrement ses ricanant moments de détente professionnelle qu’il ne peut partager. Pierre-Didier rit de bon cœur de poisson, mais personne ne peut le remarquer, aveugler par l’épaisse soupe glabre et opaque dans laquelle il va puiser le CO2 nécessaire à sa survie à la grande admiration, d’ailleurs, des femmes qui viennent prendre de ses nouvelles. Je n’ai pas encore pu lui présenter l’homme à la mèche, un autre gros poisson si vous me permettez l’expression. Cependant que les employés, aux environs de midi, peaufinent leur curriculum vitae, les quatre ou cinq plus belles du bureau s’apprêtent et se parfument fébrilement, car il y a qu’elles vont toute ensemble déjeuner avec l’homme à la mèche.