Julien Freund, Au coeur du politique est un petit opuscule pondu par Pierre-André Taguieff, un peu décevant et évasif. C’est probablement le but de l’auteur de proposer une introduction synthétique à l’œuvre et la vie d’un penseur méconnu et certainement sous-estimé à qui il doit tant, mais on aurait préféré objet plus robuste pour nous entraîner dans le sillage de Freund.
Taguieff trouve dans l’œuvre de l’alsacien des résonances avec la sienne, que ce soit le rejet de l’intelligentsia moralisatrice, la critique du progressisme et des idéologies justicières.
Un des mérites qu’on y trouve (et non des moindres) réside dans le fait d’apprendre que Julien Freund est le traducteur et l’introducteur de Weber, Simmel et Carl Schmitt en France. J’apprends par là même que Max –le grand Max- Weber était assez mal vu dans l’université française qui fut, de ce préjugé, une des dernières à accueillir son œuvre. Par la suite, Freund jalonne son itinéraire intellectuel des présences d’Aristote, dans l’essence du politique, « l’homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société » (à l’inverse du contrat social), de Weber et Schmitt, qui le confortent dans l’idée que l’ordre social est fondé sur un équilibre plus ou moins sensible entre ces forces antagonistes, de Machiavel et Pareto, qui préviennent des intentions moralisatrices et utopiques, la morale et la politique ne visant pas le même but.
Cette biographie intellectuelle pêche parfois par concision sur le décisionnisme ou l’apport de Pareto, par exemple. Grâce, toutefois, lui soit rendu de vulgariser l’auteur qui a développé en France la notion d’ami-ennemi dans les relations politiques
« Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui nous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. »