J’ai reçu un mail effrayant par son laconisme, un simple titre entaché d’une féroce faute d’orthographe, comme un « omar m’a tuer » de sinistre mémoire, c’était, je m’en souviens bien, « facture à approuvé ». Ma première pensée, la plus rapide, la plus cinglante, m’a renvoyé en pleine face les innombrables coups de téléphone que je donnais à l’étranger, en France principalement. Je me suis dit que « ça y est », je devrais payer le prix de mes amitiés lointaines, rembourser à la société les fortunes concentrées dans mes babillages. Ma vie, devant moi, a défilé. Le film de ma vie. Les meilleurs moments, pensez-vous. Détrompez-vous. Des personnes, que je ne souhaitais pas garder en mémoire, se sont invitées dans les soi-disant dernières minutes, des nigauds et nigaudes ont rendu ces images hautement indésirables, mais peut-être qu’ils ne voulaient pas rater ça. J’espère que je ne les verrais pas la prochaine fois. Le réalisateur devrait s’arranger pour une meilleure compagnie.

La secrétaire, une grand-mère benoîte m’a tendu la facture, qui m’a aussitôt rassuré sur son contenu.

Pierre-Didier Grimbert s’est installé sur mon bureau, il est très actif, très énergique, comme lorsqu’il suit mon doigt et fait une sorte de salto quand je change de direction. Ma voisine pense que c’est le frottement de leurs écailles qui troublent l’eau. En effet, l’eau reste propre des jours, parfois, et par ailleurs se salit en quelques heures.

Je lui lis le journal et comme je suis à cours d’occupation, je lui relis une seconde fois. Les nouvelles sont fraîches. Ma voisine, elle, nous a offert un montage photographique, complètement raté, il faut le reconnaître, de deux poissons avec ma tête et celle de mon collègue, issues du trombinoscope de l’entreprise. Je compte bien la décoller du placard où je l’ai aimablement accroché.