Joe pack-de-six, le cousin de Joe couchpatato est un sociotype bien chantourné. Il appartient pour les spin doctors, si l’on se fie à the economist, aux Reagan democrats. Je sais, dans nos deux hémisphères cérébraux partagés entre les anti et les pro-sarkozy, cela sonne bizarrement. Dresser le portrait paradoxal de Joe n’est pas vraiment notre problème, mais il y aura des changements importants dans la vie de Joe, sachez-le. Sa bière favorite, vendue en pack de six, va quitter le pays. Des manœuvres brésiliano-belges visent à rendre au doux breuvage malté des plaines du Missouri, la Budweiser, l’amertume du plat pays. InBev, le leader mondial a fait une offre (46 milliards) pour engloutir Anheuser-Busch, le troisième producteur de bière au monde, une OPA inamicale, qui inquiète les bons et les moins bons citoyens américains. La consolidation du marché a lieu à marche forcée dans un secteur éparpillé où les marques mondiales rivalisent avec les producteurs locaux. C’est pourquoi InBev croît pour contrôler les coûts, la distribution et des marchés pour l’instant inaccessibles. D’après le directeur d’un concurrent (Sabmiller), l’équipe directrice d’InBev va réveiller « la belle endormie ». La société américaine, réputée intouchable, s’effrite sur son marché domestique. La riposte se place tant d’un point de vue économique, Anheuser-Busch tente de racheter une entreprise mexicaine (propriétaire de Corona) pour gonfler sa valeur, que sur le plan politique, les lobbys s’activent dans le Missouri et à Washington. Il n’est pas question qu’un belge s’empare d’une américaine.

Les américains sont peinés par cette perte, pourtant, quoi de plus qu’une bonne gueuze pour remonter le moral des ménages.

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Les bourgeois avaient raison. J’en ai fréquenté tout un tas et j’aurais dû comprendre que leurs répulsions à l’endroit du monde professionnel étaient tout ce qu’il y avait - d’éclairé. Ils savaient avant moi que le bureau est le lieu des bassesses, de la manigance et de la mesquinerie, où tous les chemins mènent à la haine, s’ils ne sont pas balisés à grand peine par la routine.

A la page 65 de Musil, un parfait bourgeois, je lis :

Enfin il avait atteint le lieu où nul obstacle ne le gênait plus ; l’emploi paisible, secret, protégé de toutes les souillures du commerce de l’art, que lui assurait sa situation à moitié universitaire, lui laissait assez d’indépendance et de loisirs pour rester à l’écoute de la voix intime.

Ma voix intime agonise dans le rétrécissement de mon âme.

Dans le bureau d’à-côté, deux camarades rient comme des déments.

Ma chèffe m’a poussé dans les orties, j’ai donc fuit, lors de ma pause déjeuner dans un restaurant chinois du quartier. Pour gagner mes lettres de bourgeoisie de critique gastronomique, je me promettais de ne dire que du mal des mets aigre-doux, collants et malcuits. Au croisement de la chaussée d’Ixelles, de la rue de l’ermitage je voyais entre les palmiers en plastique la rue de vergnies plonger vers la place Flagey, sinueuse et intrépide. Seul à cette table, je me trouvais déporter dans la banalité d’une ville de second rang, loin des affaires importantes. J’ai commandé une petite soupe de poulet au bambou, j’aime les soupes chinoises, surtout à deux euros, puis une platée de porc au riz cantonnais bien fourni. Entre deux, je lisais quelques lignes de l’homme sans qualités, tout en sirotant un verre d’eau plate mais rafraîchissante.

J’ai passé un excellent moment.

Pour fêter l’anniversaire de ma femme, nous nous sommes rendus dans un endroit, qui nous laissa un souvenir grandiose, du temps où nos maigres économies payaient laborieusement le festin de gourmet, il y a trois ou quatre années. Le fast-food qui m’employait se situait un peu plus loin de la rue de la Réforme et j’improvisais une surprise, après tant de burgers, en l’invitant dans ce charmant restaurant, qui n’avait pour moi, à l’époque aucun autre charme que d’être sur ma quotidienne route, sans penser que la note fut si salée, que je dus rentrer à la maison, rue Wafelaerts, pour piocher dans la boîte à billets. Mais rassurez-vous, lecteurs, c’est sans complexe, cette fois-ci, comme les fiers bourgeois, que nous avons toujours voulu être, que nous nous rendîmes, après mon cours de fitness, dans l’antre des souvenirs fauchés. J’ai goûté la papillote de scampi aux poireaux, jeunes épinards et menthe fraîche, que je recommande surtout pour son jus. Le connaisseur de vin que je suis en apparence a mimé sentencieusement l’approbation pour un Château Muret Haut Médoc 2005, qui fut de notre goût, quoiqu’un peu rustique pour un site de connaisseur anglo-saxon. Le plat de résistance, Les escalopines de ris de veau sur lit de foie gras frais poêlé, endives au beurre, petit jus au Banyuls fut une déception en dépit du jus au banyuls, exquis pour le goût et l’odorat. Le foie gras poêlé avait une désagréable présence, on aurait dit le plat d’un restaurant chinois. Le dessert me conforta, par contre, dans ma volonté de choix les plus ambitieux et téméraire, une soupe glacée de fraise au vin rouge et basilic ; fameux.

Un extrait de

Robert Musil, L’homme sans qualités, éd.du Seuil, p.75

Ulrich se souvint alors de la photographie d’une célèbre championne de tennis qu’il avait vu dans un magazine quelques jours auparavant ; elle se tenait sur la pointe du pied, une jambe découverte jusqu’au dessus de la jarretière, lançant l’autre dans la direction de sa tête, tandis qu’elle brandissait sa raquette le plus haut possible pour attraper une balle ; tout cela avec la mine d’une gouvernante anglaise. Dans le même numéro se trouvait la photographie d’une nageuse se faisant masser après la compétition ; auprès d’elle, l’une à ses pieds, l’autre à son chevet, se tenaient deux dames d’aspect sévère, en costume de ville ; la nageuse était couchée sur le dos, toute nue, un genou relevé dans une pose abandonnée, le masseur avait les mains posées dessus, il portait une blouse de médecin, et son regard sortait de la photographie comme si cette femme avait été dépecée et sa chair suspendue à une patère. Voilà ce que l’on commençait à voir, et ce sont des choses que l’on est bien forcé d’admettre d’une manière ou d’une autre, comme l’on reconnaît l’existence des gratte-ciel et de l’électricité. « On ne peut en vouloir à son époque sans en être aussitôt puni », tel était le sentiment d’Ulrich. Aussi bien était-il toujours prêt à aimer ces modelages de la matière vivante. Mais ce dont il était incapable, c’était de les aimer sans réserve, comme l’exige le bien-être social ; depuis longtemps traînait surtout ce qu’il faisait ou vivait un souffle de dégoût, une ombre d’impuissance et de solitude, un dégoût en quelque sorte généralisé et dont il ne pouvait trouver le goût complémentaire. Il lui semblait parfois qu’il fût né avec des dons pour lesquels, provisoirement, il n’y avait pas d’emploi.

Lors de mon monologue avec Pierre-Didier, j’ai décidé d’établir, certainement du fait de mon homonymie non-voulu d’avec le naturaliste Linné, une psycho-typologie des informaticiens. Je crois pouvoir dire que j’ai décerné un type bien précis de ces personnes pas tout à fait comme les autres. D’emblée de jeu, le « crack » se place au sommet de la pyramide, c’est le développeur doué, capable de prouesses et sûr de son talent. Ils sont en petit nombre en général, du moins dans ma société. Il se distingue certes par des programmes inutiles et rutilants qui ne servent qu’à épater la galerie (dont moi) comme ce petit jeu vidéo gore où l’informaticien doit fusiller chacun des membres du bureau, mais aussi par le goût de la compétition et la reconnaissance de leur supériorité sur les autres talents. Il n’est pas rare de les entendre pester contre un autre génie, pour le plaisir de critiquer ces « soi-disant » améliorations innovantes, qu’il aurait mieux fait certainement. Ils ont l’insulte facile, aussi, contre les sans-grades.

J’ai fait une erreur qui m’a plongé dans un désarroi mi-figue, mi-amer. Mais comme il est coutume de dire, dans les milieux des incompétents autorisés : « le temps passe vite et on est bientôt payé ». Voilà quelque sentence d’une inébranlable et salutaire lucidité qui me raccommode avec la réalité.

J’ai parfois l’impression de mal faire mon boulot d’âne.

Petite série de liens : (more…)

Szabolcs Brickner, le lauréat du concours Reine Elisabeth  2008

Julien Freund, Au coeur du politique est un petit opuscule pondu par Pierre-André Taguieff, un peu décevant et évasif. C’est probablement le but de l’auteur de proposer une introduction synthétique à l’œuvre et la vie d’un penseur méconnu et certainement sous-estimé à qui il doit tant, mais on aurait préféré objet plus robuste pour nous entraîner dans le sillage de Freund.

Taguieff trouve dans l’œuvre de l’alsacien des résonances avec la sienne, que ce soit le rejet de l’intelligentsia moralisatrice, la critique du progressisme et des idéologies justicières.

Un des mérites qu’on y trouve (et non des moindres) réside dans le fait d’apprendre que Julien Freund est le traducteur et l’introducteur de Weber, Simmel et Carl Schmitt en France. J’apprends par là même que Max –le grand Max- Weber était assez mal vu dans l’université française qui fut, de ce préjugé, une des dernières à accueillir son œuvre. Par la suite, Freund jalonne son itinéraire intellectuel des présences d’Aristote, dans l’essence du politique, « l’homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société » (à l’inverse du contrat social), de Weber et Schmitt, qui le confortent dans l’idée que l’ordre social est fondé sur un équilibre plus ou moins sensible entre ces forces antagonistes, de Machiavel et Pareto, qui préviennent des intentions moralisatrices et utopiques, la morale et la politique ne visant pas le même but.

Cette biographie intellectuelle pêche parfois par concision sur le décisionnisme ou l’apport de Pareto, par exemple. Grâce, toutefois, lui soit rendu de vulgariser l’auteur qui a développé en France la notion d’ami-ennemi dans les relations politiques

« Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui nous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. »

Fido est une comédie d’horreur de bonne tenue, à la jonction de l’ironie et de la parodie de séries b des francs-tireurs du cinéma indépendant d’outre-atlantique (Dante, Roméro) et de la féerie grand-spectaculaire de ce même cinéma américain (Shamalayan, Burton). Le film raconte la normalité d’une société qui a surmonté une guerre contre les zombies ressurgis des Enfers suite à une rencontre fortuite de la planète avec un nuage stellaire radioactif. Cette guerre a permis à des communautés de se reconstituer à l’abri des Zones sauvages où règnent le chaos des morts-vivants, relégué dans une sorte de banlieue, en quelque sorte. Dans la tranquillité de la société de consommation, des gadgets fleurissent tel des colliers électroniques, commercialisés par une firme toute-puissante, Zomcon, qui placent sous contrôle les zombies stupides et assoiffés de chair. C’est ainsi que la société prospère en domestiquant une sous-catégorie de personnes dévolues aux tâches d’entretien et de bien-être. Une famille décide de s’attacher les services d’un zombie sans penser qu’il apportait beaucoup plus que des ennuis…

Les rares exégètes qui se sont penchés cinq minutes sur ce film passé tout à fait inaperçu, y ont vu une dénonciation de la ségrégation raciale des années cinquante dans l’horrible pays de la famille Bush. Je n’irai pas jusque là, les zombies sont tout de même idiots et très limités et je ne risquerais pas ici à ce que la Halde me tombe sur la truffe. Il y a un moment où le zombie brise ses chaînes dans l’usine, mais cela n’échappe pas à la dimension praodique. Il y a de situations intéressantes, notamment autour du père, salaud bien plus sombre que ce qu’il n’y paraît. Traumatisé par le fait d’avoir, à onze ans, abattu son père devenu zombie, il ne veut plus vivre sous l’emprise des sentiments pour éviter de devoir rééditer ce drame. Il n’est donc qu’un mauvais père qui attend la mort (la vraie, la tête tranchée, pas la mort-vie, attention) et qui comme seul cadeau pour son fils lui offrira un pistolet avant ses douze ans. Mieux vaut-il attendre la mort ou la mort-vie éternelle de zombie ? Mieux vaut-il « le bonheur sous contrôle » sans sentiment pour son prochain, qui sera un potentiel ennemi ou les grands sentiments de l’imprévisibilité ? Je laisse les limiers du gaudinisme trouver des exégèses savantes.

J’ai reçu un mail effrayant par son laconisme, un simple titre entaché d’une féroce faute d’orthographe, comme un « omar m’a tuer » de sinistre mémoire, c’était, je m’en souviens bien, « facture à approuvé ». Ma première pensée, la plus rapide, la plus cinglante, m’a renvoyé en pleine face les innombrables coups de téléphone que je donnais à l’étranger, en France principalement. Je me suis dit que « ça y est », je devrais payer le prix de mes amitiés lointaines, rembourser à la société les fortunes concentrées dans mes babillages. Ma vie, devant moi, a défilé. Le film de ma vie. Les meilleurs moments, pensez-vous. Détrompez-vous. Des personnes, que je ne souhaitais pas garder en mémoire, se sont invitées dans les soi-disant dernières minutes, des nigauds et nigaudes ont rendu ces images hautement indésirables, mais peut-être qu’ils ne voulaient pas rater ça. J’espère que je ne les verrais pas la prochaine fois. Le réalisateur devrait s’arranger pour une meilleure compagnie.

La secrétaire, une grand-mère benoîte m’a tendu la facture, qui m’a aussitôt rassuré sur son contenu.

Pierre-Didier Grimbert s’est installé sur mon bureau, il est très actif, très énergique, comme lorsqu’il suit mon doigt et fait une sorte de salto quand je change de direction. Ma voisine pense que c’est le frottement de leurs écailles qui troublent l’eau. En effet, l’eau reste propre des jours, parfois, et par ailleurs se salit en quelques heures.

Je lui lis le journal et comme je suis à cours d’occupation, je lui relis une seconde fois. Les nouvelles sont fraîches. Ma voisine, elle, nous a offert un montage photographique, complètement raté, il faut le reconnaître, de deux poissons avec ma tête et celle de mon collègue, issues du trombinoscope de l’entreprise. Je compte bien la décoller du placard où je l’ai aimablement accroché.

“L’arrêté ministériel stipulait que mon Requiem serait exécuté aux frais du gouvernement, le jour du service funèbre célébré tous les ans pour les victimes de la révolution de 1830.”

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Theodore John Kaczynski est un mathématicien diplômé de Harvard, qui aurait pu simplement faire une courte apparition dans la très noble histoire des mathématiques pour avoir trouvé une preuve au théorème de Wedderburn n’utilisant que des résultats de théorie des groupes finis. Après avoir lu un livre de Jacques Ellul, La technique, ou L’enjeu du siècle qui confirme ses intuitions, il se destine à la lutte contre le système techno-industriel et l’idéologie de Progrès sans l’Homme qu’il charrie. Il se retire dans le Montana, avant de mener un combat terroriste contre les propagateurs malins du système. C’est ainsi que pendant dix-huit ans, au nez et à la barbe de la CIA, il envoie des colis piégés à des professeurs d’université, informaticiens ou publicitaire terminant sa cavale en 1996 suite à une dénonciation de son frère.

Des courriers électroniques ont atterri dans chacune des boîtes postales du bureau, relatant avec sérieux et grand cas, sur un ton légèrement militant, même, les difficultés qu’il y a au septième étage de faire cohabiter garçon et fille dans deux toilettes séparées. Un impétrant qui est sorti du bois a remarqué qu’il était anormal que les filles, au nombre de quatre à l’étage, disposaient de plus de latrines que l’ensemble des informaticiens qui se partageaient de biens modestes pissoirs. La conversation a continué en privé (dans le bureau d’à côté) sur un ton houleux que la nouvelle livraison des huit palettes de boissons a heureusement calmé. Il faut dire qu’à partir de ce jour l’employé pourra étancher sa soif d’un jus de poire ou d’ananas, qui ravissent déjà au plus point les plus assidus de nos problématiques espace détente mentionnée plus haut. J’ai profité de la confusion pour changer l’eau des poissons rouges, gentiment offert par notre voisine pour son propre plaisir contemplatif. Une guerre psychologique s’est installée pour voir qui cèderait le premier à changer l’eau, chacun pensant que s’il cède, il sera rédhibitoirement préposé à la tâche. Je l’ai fait, puis le grand chef s’est invité dans la pièce, me posant quelques questions auxquels j’ai fort bien répondu. La psychologie des poissons rouges, voilà un thème qui m’importe. Je pourrais faire des liens évidents avec celle des informaticiens. Lors de ma mission, qui je le souligne, m’a contraint à traverser le couloir et défier les répétitives remarques sur « les sushis à midi », j’ai dû faire face à une discussion, qu’on m’a soutenu après coup être « ironique». A l’usage des informaticiens malins, qui s’aventurerait ici, sachez que l’ironie n’a aucune importance, si l’interlocuteur se fiche de ce que vous lui raconter. Le chef m’a demandé comment nous les avons appelé. Je pense avec insistance à « Grimbert ». C’est un nom de collègue quelconque, ne trouvez-vous pas ? « ‘S avez pas vu Grimbert ? », « Grimbert s’en occupe après son congé ».

Maurice Barrés aurait dit que lorsqu’il lit Charles Péguy, il lui arrive de regarder sa montre. Pour lui faire gagner du temps, je lui propose de temps à autres quelques citations d’une œuvre que je viens de terminer et dont j’espère restituer, fidèlement, bientôt la substantifique substance tout comme la moelleuse moelle.

Qu’est-ce qu’être français?

Charles Péguy, dans Notre jeunesse, éditions Gallimard, 1910

“Nous y déployâmes proprement les vertus, les qualités françaises, les vertus de la race : la vaillance claire, la rapidité, la bonne humeur, la constance, la fermeté, un courage opiniâtre, mais de bon ton, de belle tenue, de bonne tenue, fanatique à la fois et mesuré, forcené ensemble et pleinement sensé ; une tristesse gaie, qui est le propre du Français ; un propos délibéré ; une résolution chaude et froide ; une aisance, un renseignement constant ; une docilité et ensemble une révolte constante à l’événement ; une impossibilité organique à consentir à l’injustice, à prendre son parti de rien. Un délié, une finesse de lame. Une acuité de pointe. Il faut dire simplement que nous fûmes des héros*. Et plus précisément des héros à la française.” (more…)

Pour compenser une ambiance un peu morose, la Société a mis à disposition de ses employés un remarquable choix de boissons non alcolisées, de sodas sucrés et de cafés de toute origine qui font la fortune des acteurs sur le retour, ceux-la qui luttent contre les injustices de toute sorte tout en faisant la promotion de produits à forte marge de toute sorte. L’employé que je suis comparait, à un moment donné, les différences entre le Sprite light et le sprite zéro et les consignait dans un tableau .xls aux côtés de sa consommation quotidienne. Puis occupé par les soubresauts soudains d’un serveur, il laissa les bulles de son soda s’évanouir dans son liquide, le temps de penser qu’il avait simplement de l’eau dans son verre et non pas le breuvage acidulé et incolore qui lui chatouillait le palais par surprise. Passé cette trahison, il se rendit compte qu’en ayant la dernière gorgée de sprite dans la bouche et le verre inclinée, le récipient quasiment vide faisait l’echo des bulles dans sa bouche. Il entendait la boisson pétiller dans sa bouche. Je m’’empressais de téléphoner à son vieux camarade, qu’il dérangeait au moment de son choix de fond d’écran.

Pouvaient-ils un instant s’imaginer la terrible nouvelle qui allait secouer la société? Non, me diriez-vous et vous aurez raison. Mais c’est dans des circonstances inattendues et stupéfiantes que se forgent les meilleurs caractères.

Dans sa conférence sur les biotechnologies, qu’il définit comme l’utilisation d’organismes vivants ou de leurs parties dans l’agriculture, l’alimentation et dans d’autres processus industriels, Claude Debru, philosophe des sciences, exprime une idée force, “les biotechnologies ne sont pas une anti-nature, mais des variations sur la trame posée par l’évolution biologique”. La crainte que peut susciter l’association apparemment antinomique, des termes comme bio- et technologie ignore que de longue date l’homme s’est servi de la nature dans le but d’en faire une alliée pour la survie et l’évolution de l’espèce. Les biotechnologies favorisent l’action d’agent biologique pour guérir, comme c’est le cas pour l’insuline ou les vaccins. L’anxiété qu’inspire l’idée que l’homme est tout puissant et humain est exagérée, car comme l’a expliqué le philosophe François Jacob, l’homme scientifique n’est pas un ingénieur, qui planifie l’évolution de l’homme tel un prototype parfait, mais un bricoleur qui améliore selon les outils que la nature lui offre. C’est ici qu’intervient la notion de bricolage évolutif et d’évolution dirigée s’appuyant sur la stabilité et la modifiabilité des organismes qui garde toute sa pertinence malgré l’imprévisibilité des nouvelles découvertes et des risques inévitablement encourus.

La conférence peut être vu par l’intermédiaire de ce lien . (more…)

Julien,

Le lecteur des Echos répond au lecteur du monde par weblog 2.0 interposé, car c’est la loi du genre.

Julien, cette table n’attend plus que toi pour partager pitance.

Les espagnols commémorent le bicentenaire du 2 mai 1808.

Que s’est-il passé il y a deux cent ans ?

Les mamelouks de la garde impériale chargent la foule déchaînée sur cette peinture de Goya.

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Bien cher Nicolas,

Samedi, je me suis retrouvé à la librairie et quelle ne fut pas ma surprise de voir présenter sur l’étalage un nouveau livre de Pierre-André Taguieff, ce colosse graphomane. Tu le sais, ce professeur noie son lectorat sous la tonne de papiers qu’il produit, laissant devant lui deux cent ans d’exégèse à venir. C’est certainement pour cette raison qu’on parle assez peu de l’impétrant, lui qui avait des visions sur l’antiracisme avant tout le monde, je n’ai moi-même pas encore terminé son livre sur la bioéthique que j’ai mis dans ma besace, Julien Freund au cœur du politique, et que je ne pourrais lire certainement pas avant les quelques livres entamées et que ma désespérante lenteur de lecture entasse sur la table. J’ai parcouru le docteur Jivago, j’ai entrepris Méphisto de Klaus Mann dans la foulée d’une représentation théâtrale et je m’entête pourtant à lancer des commandes sur les librairies en-ligne. J’ai pensé au livre qui a suscité l’émoi de pétitionnaires, Aristote au Mont-St-Michel. Je n’ai pas assez de ma carrière de lecteur. Si je dois te recommander quelques raccourcis, le docteur Jivago se lit bien, on sent de-ci de-là des pointes poétiques, le paysage est étendu, la vie des héros parfois triste et déplaisante comme lorsque je lisais d’un œil les histoires de faillite chez Balzac, hanté que j’étais par le désastre, la chute soudaine, le déclin, Méphisto ne brille pas par son style, mais par la force du témoignage, je ne suis pas sûr que tu y verrais un intérêt et les grands cimetières sous la lune, de Bernanos, eux, ne se déparent pas d’une certaine confusion, mais j’ai toujours un faible pour son lyrisme tambourinant. Il n’est pas une nuit, cher ami, où je ne pense abandonner mon travail pour être si sûrement un homme de grande lecture.

bien à toi,

votre dévoué

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There will be blood, titre intraduit en français, car il aurait perdu à coup sûr son piment churchillen, sentencieux et prophétique.

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Monsieur,

Quelque ridicule qu’il y ait à écrire à un écrivain, qui est toujours, par la nature de son métier, inondé de lettres, je ne puis m’empêcher de le faire après avoir lu “Les Grands Cimetières sous la lune”. Non que ce soit la première fois qu’un livre de vous me touche, le “Journal d’un curé de campagne” est à mes yeux le plus beau, du moins de ceux que j’ai lus, et véritablement un grand livre. Mais si j’ai pu aimer d’autres de vos livres, je n’avais aucune raison de vous importuner en vous l’écrivant. Pour le dernier, c’est autre chose ; j’ai eu une expérience qui répond à la vôtre, quoique bien plus brève, moins profonde, située ailleurs et éprouvée, en apparence - en apparence seulement -, dans un tout autre esprit. (more…)

De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire temporelle, de Charles Péguy.

“La barricade n’est plus aujourd’hui le grand instrument social et politique, le grand appareil de gouvernement ou de révolution, le grand appareil de discernement. Ce n’est plus la barricade aujourd’hui qui discerne, qui sépare en deux le bon peuple de France, les populations du royaume. C’est un beaucoup plus petit appareil, mais infiniment plus répandu, surtout aujourd’hui, qu’on nomme le guichet. Quelques cadres de bois, plus ou moins mobiles, un grillage métallique plus ou moins fixe, font tous les frais d’un guichet. C’est pourtant avec cela, c’est avec de peu que l’on gouverne la France très bien. Format bon ordinaire. Au lieu qu’il fallait des tonneaux, et même des barriques, et si j’ai bonne mémoire des omnibus, presque des immeubles, pour faire une barricade. C’est sans doute pour cette raison que finalement, c’est du moins une des raisons pour lesquelles vraisemblablement, il est finalement venu au monde beaucoup plus de guichets qu’il n’y était jamais poussé de barricades. C’est que c’était peut-être plus facile à faire. Il suffit d’avoir été soi-même acheter des timbres ou payer ses impôts, que nous nommons contributions, et de comprendre un peu, de savoir un peu lire ce qu’on fait, pour avoir soi-même découvert cette vérité de fait élémentaire. Nous n’avons plus aujourd’hui la barricade discriminante. Nous avons le guichet discriminant. Il y a celui qui est derrière le guichet, et celui qui est devant. Celui qui est assis, derrière, et ceux qui sont debout devant, ceux qui défilent, devant, comme à la parade, en on ne sait quelle grotesque parade de servitude librement consentie. Là est la grande, la vraie séparation du peuple de France. Et c’est pour cela que les grands débats politiques de ces dernières années et de cette présente ne parviennent point à me passionner. [...]

Ils se battent, entre eux, mais ils ne se battent que derrière le guichet. On ne se battra jamais à travers le guichet, parce qu’alors, ce serait sérieux.”